Interview écrite de David Roux

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Les Folies Bergères, le Palais des Glaces, le Splendid, La Gaîté Montparnasse, Le Théâtre de Belleville, le Théâtre Funambule… Autant de théâtres et bien plus encore qui font partie de l’Association pour le Soutien du Théâtre Privé, mais également de l’enseigne « Théâtres Parisiens Associés ». David Roux, directeur de la publication et responsable de la communication, a accepté de répondre à nos questions pour nous éclairer un peu plus sur cette association et ses projets.

 

 

Tout d’abord, pouvez-vous nous expliquer la différence entre les théâtres publics et les théâtres privés, puisque votre association ne concerne seulement ces derniers ?

 « Les théâtres subventionnés sont des théâtres qui reçoivent de l’argent de collectivités locales ou de l’Etat. Les théâtres privés eux ne reçoivent aucune subvention, c’est-à-dire qu’une production doit générer des recettes pour équilibrer les comptes. Il faut que le public vienne, si le public ne vient pas le théâtre perd de l’argent. »

 

Pouvez-vous nous expliquer ce que sont les « Théâtres Parisiens Associés » ?

« Ce sont des théâtres qui sont adhérents à l’ASTP, l’Association pour le Soutien du Théâtre Privé, qui est une association qui a été créée en 1964 et qui a pour but de soutenir l’activité des théâtres privés, notamment avec un système de redistribution et de solidarité qui permet aux succès des uns de financer les échecs des autres. Cette association perçoit une taxe fiscale de 3,5% sur chaque billet de théâtre vendu en France dans des théâtres d’économie privée et cette taxe fiscale est ensuite redistribuée selon des mécanismes très précis et spécifiques.

Les adhérents parisiens de cette association sont regroupés ensuite sous l’enseigne « Théâtres Parisiens Associés ». Ces adhérents ont tous en commun d’être des théâtres producteurs. Ils prennent le risque financier de créer un spectacle qui va devoir générer des recettes pour pouvoir ensuite marcher.

Beaucoup de théâtres accueillent les spectacles qui sont produits par des structures de production mais le lieu théâtre ne produit pas, ne participe pas à la création, là dans le cas très précis des théâtres qui font partie de cette Association de Soutien pour le Théâtre Privé, tous produisent les spectacles qui sont représentés sur leur scène. »

 

Quelles sont les autres critères d’adhésions ?

« C’est des critères sur les normes de sécurité, les conventions collectives, selon la taille de la salle et la capacité d’accueil du public. Pour un théâtre de 600 places, par exemple, il va y avoir l’obligation d’avoir deux techniciens employés permanents du théâtre auxquels viendront s’ajouter les techniciens dont le théâtre aura besoin pour une création en particulier.

Les salles qui font payer les compagnies pour jouer dans des espèces de « garages » ne respectent pas les conventions collectives des artistes, puisque  les artistes ne sont pas payés pour se produire sur scène, mais ils doivent payer pour se produire. Ces lieux entretiennent un peu l’illusion de chacun qui veut absolument jouer et être vu, sauf que maintenant il y a des situations quelque peu contradictoires, payer pour exercer son métier c’est quand même un peu étrange quand on y pense. Mais une fois de plus cela ne veut pas dire que ces lieux n’ont pas vocation à exister, il n’y a aucun problème là-dessus, juste que selon les critères d’adhésion à l’association il faut que les théâtres qui adhérent puissent payer les artistes qui y jouent, puisque une fois qu’on est adhérent de notre association, on peut toucher des aides qui peuvent être de différentes sortes, mais un lieu qui toucherait ces aides sans payer ses comédiens ça ne marcherait pas du tout.

Donc le préalable pour être adhérent c’est le respect des conventions collectives, des techniciens, des salariés mais aussi des artistes et des auteurs. »

 

Qu’est-ce qu’est la marque « Théâtres Parisiens Associés » par rapport au grand public ?

« La marque « Théâtres Parisiens Associés » a été créée en 2010, c’est une enseigne qui est destinée au grand public pour qui la notion de théâtre privé n’était pas forcément quelque chose de très parlant et en terme de vocabulaire ce n’était pas forcément très positif, puisque le théâtre est par définition un lieu ouvert au public, donc la dénomination de « théâtre privé » était un tout petit peu contradictoire avec sa mission qui était d’accueillir du public. Donc l’association a décidé de créer cette enseigne pour pouvoir communiquer, offrir à tous les théâtres du réseau la possibilité d’avoir une vitrine pour mettre en avant leurs programmations, leurs spectacles, les avantages qu’ils proposent, tout ça à destination du grand public. Aujourd’hui tous les théâtres ont leurs propres sites, ont des outils de billetterie en ligne spécifiques et efficaces, sauf très rares exceptions.

Mais en tout cas il y a toujours cette logique qui est la même que l’association depuis sa création en 1964, cette logique qu’on est toujours plus fort à plusieurs que tout seul, et plusieurs en l’occurrence, c’est plus de cinquante-cinq théâtres aujourd’hui. »

 

Lorsqu’une décision est à prendre, est-elle discutée avec les cinquante-cinq théâtres ?

« L’association à des instances, il y a cinquante-cinq théâtres, qui sont donc adhérents, et ils élisent des représentants avec un bureau, un président, il y a des assemblées générales, un délégué général de l’association... Les décisions au quotidien ne se prennent pas à cinquante-cinq mais la création du site, le nom de la marque, par exemple, tout ça a été discuté puis voté en assemblée générale. Il y a eu de grandes discussions avec l’ensemble des théâtres pour savoir quelles étaient les meilleures stratégies à mettre en place pour les « Théâtres Parisiens Associés ». »

 

 

Avez-vous un réseau de comédiens, auteurs, metteurs en scène pour faire vivre votre association ?

« Nos interlocuteurs se sont les théâtres qui ont leur propre ligne éditoriale. Il y a une grande variété de genres qui sont représentés parmi les théâtres qui composent notre association, depuis le Théâtre de l’Atelier ou le Théâtre de l’Œuvre qui ont des programmations assez exigeantes, parfois avant-gardistes, et puis il y a des théâtres qui sont spécialisés dans l’humour, le one man show. Le principe c’est que l’association n’a pas tellement son mot à dire sur la programmation des théâtres. Après chaque théâtre a ses propres habitudes, ils ont des relations privilégiées avec des metteurs en scène, des comédiens et ça veut dire qu’effectivement on peut être certains de retrouver dans notre réseau un certain nombres d’artistes régulièrement comme Fabrice Luchini, Pierre Arditi,  et des metteurs en scène comme Didier Long ou Jean-Luc Moreau. »

 

Puisque dans votre association on retrouve une telle diversité, tant du point de vue des artistes que des metteurs en scène, en quoi cette diversité est-elle importante ?

« Elle est importante parce que tout simplement le public est lui-même assez hétéroclite et que vraiment l’un des enjeux de cette marque, « Théâtres Parisiens Associés », c’est d’arriver à pouvoir toucher le grand public et le toucher largement avec cette certitude que le théâtre s’adresse en fait à tous, absolument à tous. Certains n’imaginent pas venir au théâtre parce qu’ils n’en ont pas la culture, parce qu’ils n’en ont pas l’idée, parce qu’ils sont géographiquement un peu loin ou parce qu’ils pensent que le théâtre est trop cher… Tout ça n’est pas forcément vrai. La diversité de notre réseau est une richesse absolue puisqu’on peut s’adresser à tous, c’est-à-dire à des gens qui sont très amateurs de théâtre, très exigeants, et qui ont déjà vu vingt-cinq fois chaque pièce de Shakespeare ou de Molière et qui peuvent de nouveau venir retrouver les artistes qu’ils apprécient, et on peut aussi trouver dans notre réseau des humoristes que l’on a pu voir dans des émissions de télévision et que des gens qui n’ont pas de culture théâtrale se disent qu’en fait cela serait peut-être pas mal de venir les voir sur scène.

Après, une fois qu’ils ont mis les pieds dans des théâtres, l’enjeu pour nous c’est qu’ils y reviennent et que l’information circule de théâtre en théâtre, qu’ils sachent par le biais de ce site, « Théâtres Parisiens Associés », que parmi cette grande famille de théâtres qui ont proposé un certain type de pièce et bien il y aussi tout autres types de pièces de théâtre : du théâtre pour enfants, des grands classiques à des tarifs très abordables, des comédies musicales… Il y a absolument toute la gamme de spectacle vivant qui peut être proposée dans nos salles. »

 

Vous nous avez beaucoup parlé de votre site internet, comment fonctionne-t-il ?

 « L’existence de ce site « Théâtres Parisiens Associés » est en fait un outil de promotion de nos théâtres. La création de ce site en 2010 a vraiment été un changement de logique par rapport à la logique historique de l’association. Depuis 1964 l’association avait vraiment pour mission, et c’est toujours le cas, de soutenir le théâtre avec des mécanismes par exemple de garanti de déficit, c’est-à-dire que si un spectacle ne marche pas et qu’il correspond bien à certains critères et qu’une demande a été faite au préalable et bien l’association peut prendre en charge une certaine part de son déficit pour justement amortir un peu les chutes, quand elles sont douloureuses.

Mais donc plutôt que d’attendre les bras croisés qu’il y ait des déficits, l’association a décidé d’essayer d’intervenir aussi un peu en amont en stimulant la promotion des spectacles et de la programmation au sens très général des théâtres de notre réseau. C’est un site qui répertorie tous les spectacles à l’affiche de nos théâtres, il y en a généralement entre  100 et 150 en permanence. Notre site présente le plus complètement possible chaque spectacle avec des photos, des vidéos, toutes les informations nécessaires (adresse, plan, agenda…). On peut aussi faire des recherches par jour, par date, par type de pièce, par genre ou par lieu.

Et la chose la plus importante à savoir c’est en fait que le site fait basculer à chaque fois sur la billetterie de chaque théâtre pour chaque spectacle. C’est directement auprès du théâtre que le spectateur réserve, ce n’est pas le site qui a un système de billetterie propre et qui émet des billets. Ça a plusieurs vertus. Dans la plupart des cas on peut choisir la place qu’on achète, on n’a pas trop la mauvaise surprise de se retrouver au dernier rang derrière un poteau à moins qu’on ne l’ait choisi. Le fait qu’il n’y ait pas d’intermédiaires entre le spectateur et le théâtre, évite les frais de dossiers complémentaires, donc le tarif du billet est égal et ça revient moins cher de passer par le théâtre et via notre site internet. De plus, il peut aussi se trouver qu’il y ait des promotions exclusivement sur le site « Théâtres Parisiens Associés » et non sur d’autres sites de reventes. »

 

Justement, on voit de plus en plus de spectateurs prendre leurs places par des sites de revente, où les promotions sont parfois très fortes, plutôt que de passer par la billetterie du théâtre, pensez-vous que votre site internet puisse permettre d’inverser la tendance ?

 « C’est ce qu’on espère. L’enjeu des théâtres privés c’était effectivement de répondre à ce défi c’est-à-dire d’essayer de reprendre un peu la main sur leur propre billetterie pour moins être dépendants des sites de reventes qui se sont un peu spécialisés dans la braderie et dans la promotion. Donc oui le but c’est d’essayer d’inverser un peu la tendance et pour l’instant ça porte ses fruits. »

 

 

Quels sont actuellement les enjeux des théâtres privés ?

« Ils ont des difficultés à la fois à très court terme et à plus long terme. A court terme, c’est remplir leur salle et faire en sorte qu’un spectacle fonctionne, et ça personne n’a encore trouvé la recette donc c’est encore un pari !

Ensuite les enjeux à une autre échelle, à plus long terme, c’est d’arriver à renouveler son public, arriver à faire en sorte que les jeunes n’oublient pas que le théâtre est non seulement un spectacle et un loisir à leur portée financièrement, mais aussi un spectacle qui vaut simplement le détour.

 Le théâtre n’a plus la place prépondérante qu’il avait il y a 50 ans, où aller au théâtre était une des bases de la culture très populaire. La vraie difficulté par rapport à il y a 50 ans c’est que les sollicitations sont bien plus présentes et que les vidéos, par exemple, arrivent en flux permanent sur les smartphones et que la culture a migré, les loisirs se sont diversifiés et que le théâtre a juste beaucoup plus de concurrence qu’il n’en avait il n’y a ne serait-ce que 10 ans. »

 

Justement, à une époque où tout passe peu à peu au tout numérique pensez-vous que les théâtres ont encore de l’avenir ?

« Oui, justement parce qu’il n’est pas dématérialisable. Le théâtre aura toujours pour lui cette authenticité, ce sera toujours un rapport physique et presque charnel de spectateurs et d’artistes, et ça rien ne peut le remplacer. Au contraire les flux numériques peuvent rappeler à tout le monde, tout le temps, à quel point le théâtre est incarné et indispensable. Moi je pense qu’internet est une force et une chance pour le théâtre, pour faire savoir que le théâtre existe, pour le promouvoir. Il y a quand même une chose qui est incroyable sur internet c’est que le bouche-à-oreille est décuplé avec les commentaires. »

 

Dans les salles de cinéma on retrouve des journées à tarifs réduits, pourquoi ne pas employer ce même procédé pour les théâtres privés ?

« C’est des opérations un petit peu compliqué à mettre en place parce qu’il faut mettre d’accord les cinquante-cinq théâtres. Après il y a des opérations qui existent déjà qui sont les opérations premiers aux premières. C’est-à-dire pendant la première ou les deux premières semaines de représentation toutes les places sont à 50%, ça c’est une opération que font nos théâtres pour lancer les spectacles, qui existe depuis une vingtaine d’années déjà, donc ce n’est absolument pas nouveau.

Mais on réfléchit effectivement à essayer de créer des rendez-vous, des événements annuel, mais pour l’instant ce n’est encore qu’en réflexion on n’en est pas du tout à des phases de mise en œuvre. »

 

Quels sont les projets futurs de l’association ?

 « Dans l’ASTP il y a, en plus des « Théâtres Parisiens Associés », deux théâtres de province : le Théâtre des Salinières à Bordeaux et le Théâtre de la Tête d’Or à Lyon. Il se peut que cela soit en fait des pionniers et que l’association, à l’avenir, recrute un peu plus de théâtres en province.

C’est une nouveauté parce que pendant très longtemps les théâtres privés en provinces produisaient peu de spectacles ils se contentaient, et c’était déjà beaucoup, d’accueillir des spectacles créés à Paris. Aujourd’hui, depuis déjà un certain nombre d’années, cette réalité a changé, donc il y a de plus en plus de théâtres en province qui à leur échelle peuvent correspondre aux critères d’éligibilité pour adhérer à l’ASTP.

Donc on ne peut pas présager d’avenir, mais il n’est pas impossible que dans les années à venir il y ait de plus en plus de théâtres provinciaux qui puissent adhérer à l’association. »

 

Comment envisagez-vous l’avenir des théâtres privés ?

« Il n’y a pas d’inquiétudes pour les théâtres privés, j’ai l’impression que tous, chacun à leur rythme, sont en train de prendre conscience de tous les enjeux de commercialisation nouveaux, par exemple avec l’usage d’internet qui est devenu incontournable. Aujourd’hui tout le monde a bien compris qu’une présence efficace sur internet et sur les réseaux sociaux était indispensable. Je pense que d’avoir su admettre cette révolution technologique c’est le gage d’une certaine longévité pour les théâtres, après ils sont tous soumis aux mêmes règles c’est-à-dire que si un spectacle ne marche pas, ils se mettent en difficulté, et quand un spectacle fonctionne c’est l’inverse.

Mais vous le savez, le théâtre est en crise depuis sa naissance et tout le monde annonce sa mort imminente et il est toujours là, toujours bien vivant, donc pas d’inquiétudes pour la suite ! »

 

 

Propos recueillis par Victoire Panouillet

 

 

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Et pour en savoir un peu plus sur les « Théâtres Parisiens Associés », c'est par ici : 

 

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                   Victoire Panouillet 

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