Interview écrite de Fanny Cottençon, Sam Karmann et Jean-Luc Moreau

Mercredi 9 novembre 2016 était organisé une rencontre autour de la pièce de théâtre d’Eric-Emmanuel Schmitt « Petits Crimes conjugaux » au Théâtre Rive Gauche. Sur scène, les deux acteurs de la pièce de théâtre, Fanny Cottençon et Sam Karmann, ainsi que le metteur en scène, Jean-Luc Moreau, ont accepté de répondre à plusieurs questions qui leur ont été posées. Retour sur cet entretien.

 

Tout d’abord, il a été demandé aux comédiens Fanny Cottençon et Sam Karmann pourquoi ils avaient accepté ces rôles et qu’est-ce qui leur plaisait dans la pièce de théâtre « Petits Crimes conjugaux ».

Fanny Cottençon : « J’ai aimé le texte et le rôle. L’écriture est forte et exigeante. Je n’avais encore jamais joué de chose lyrique comme ça. J’ai bien ce rôle un peu excessif, entier et radical. C’est une grande amoureuse à la recherche de la perfection. »

Sam Karmann : « J’ai eu la chance de pratiquer des grands rôles classiques et même si cette pièce est moderne, elle demande la même exigence d’interprétation qu’un texte classique. L’enjeu c’est d’être rigoureux et souple. C’est un homme romanesque : il vit une vie dont il est le poète secret. Je me reconnais à titre individuel dans certaines choses et dans d’autres non. »

 

Par la suite, le travail de metteur en scène sur « Petits Crimes conjugaux » de Jean-Luc Moreau a été abordé.

Jean-Luc Moreau : « C’est la deuxième pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt que je mets en scène. Il me fait confiance et ça c’est chouette. Toutes ses réflexions je m’en sers. Le but c’est d’essayer de raconter au public une histoire au plus près du texte et de la nature du comédien. Tout m’intéresse, je suis ouvert aux critiques. Ce sont des éléments moteurs nécessaires à la progression du travail. C’est très compliqué de se mettre en échec devant des comédiens, mais il faut savoir dire qu’on ne sait pas et être sec. Accepter d’être en échec ce n’est pas si désagréable que ça car cela permet de réfléchir. »

Sam Karmann : « Avec Jean-Luc la discussion est toujours ouverte sur la mise en scène. Il n’y a pas de dictature. »

Fanny Cottençon : « Tout est possible avec Jean-Luc. Souvent il fait des propositions évidentes et puis si cela ne passe pas c’est ouvert, on peut en discuter avec lui.  C’est ça la création, et c’est ce qu’on aime. »

 

Jean-Luc Moreau a également expliqué que désormais la pièce évoluait grâce aux comédiens et que même s’il lisait les critiques faites au sujet de la pièce, elles ne faisaient pas changer fondamentalement leur travail.  

Jean-Luc Moreau : « Ce qui évolue c’est le travail des acteurs. La pièce leur appartient. Je crois qu’il est intéressant de lire ce que pensent les autres du spectacle mais que cela ne peut pas changer la direction du spectacle car cela demanderait trop de travail. »

 

Ils ont également parlé de la façon dont ils avaient travaillé pour que la pièce de théâtre voit le jour

Jean-Luc Moreau : « On prend appui sur nos vies. On mettait parfois la pièce de côté et on se racontait nos vies ou des exemples qu’on connaissait pour alimenter la pièce. »

Fanny Cottençon : « On utilise tout ce qui est organiquement exploitable. »

Jean-Luc Moreau :«  On a pas mal travaillé à la table car il a fallu qu’on comprenne la pièce. Parfois j’appelais Eric-Emmanuel Schmitt pour lui dire que je ne comprenais pas tel ou tel mot. »

Sam Karmann : « C’est un des textes où j’ai mis le plus de temps et d’énergie pour le mémoriser. »

                 

Ils sont ensuite revenus sur la complexité de mettre en scène et d’interpréter un affrontement alors que le texte est très littéraire et travaillé. 

Jean-Luc Moreau : « Quand on monte une pièce difficile, il n’y a pas de stratégies de départ. On n’a pas d’idée de ce que sera le spectacle. La pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt, qui est philosophe, met en jeu des sentiments revisités par quelqu’un qui jongle et manipule les concepts et cela donne une pièce intelligente. Or, le théâtre c’est le lieu de la sensation et de l’émotion, pas de la combustion d’ordre intellectuel. C’est la recherche des sentiments et il faut fuir le raisonnement intellectuel. »

Fanny Cottençon : « Je l’ai dit à Eric-Emmanuel Schmitt : « Tu sais ce n’est pas de la tarte ». Ca a été un travail très difficile. C’est un texte très littéraire, Eric-Emmanuel Schmitt est un homme de lettres. Ce ne peut être dramatique dans le sens théâtral que quand c’est vécu de l’intérieur. J’avais un peu peur du ridicule et j’ai beaucoup travaillé sur le sens du texte. Au final, on peut tout faire quand il y a de la sincérité. »

Sam Karmann : « Notre travail était de savoir comment on fait la chasse à la pensée pour l’émotion. A la première lecture je me suis dit que c’était bien mais qu’il y avait un monologue à couper. Or c’était un monologue important car il parle du péché originel du couple. Maintenant, quand je le fais le soir c’est presque celui que je préfère. Il sous-tend quelque chose de très intellectuel. C’est une bombe qu’il a mise dans son couple. Il a une vision terrible du couple. »

Jean-Luc Moreau : « Ce qu'Eric-Emmanuel Schmitt propose pour résoudre ce conflit est compliqué. C’est très dur de faire confiance à l’autre. De ne pas avoir de doutes, d’angoisses. On est plein de peur : peur de ne pas être à la hauteur, que la jalousie prenne le pas… »

 

"Petits Crimes conjugaux" est à retrouver au Théâtre Rive Gauche jusqu'au 16 décembre 2016. 

Victoire Panouillet

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